LES ISLOMANES

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André Lapointe taillant et polissant patiemment ses pierres.

Le symposium Les islomanes qui a eu lieu aux Iles-de-la-Madeleine du 1er au 21 juin 2004 est une victoire. Les artistes attendus sont venus et le public était au rendez-vous. Ces artistes ont découvert un lieu unique pendant que ce même public regardait, parfois intrigué, la naissance de nouveaux regards sur le territoire insulaire. Il y a eu des résistances, certes, mais tous furent conquis.

C’est donc une véritable invasion artistique que les artistes Marie Berger, Pierre Bourgault, Lilian Cooper, Nicolas Dickner, Serge Dupreuil, Steve Heimbecker, André Lapointe, Dominic Lefrançois, Christopher Varady-Szabo, Alain-Martin Richard et Jocelyn Robert ont faite aux Iles-de-la-Madeleine. Arrivés en bateau ou en avion, île oblige, les artistes qui ne vivent pas sur ces Iles (les autre se joignant pour une relecture de leur propre territoire) ont tout d’abord été initiés au territoire et aux gens qui l’habitent : visite de la mine de sel à 1200 pieds sous la mer, visite de Ré-utîle, un entreprise de récupération et de recyclage des déchets qui est devenue une sorte de boîte aux trésors où les artistes ont pu puiser matériaux et images, visite d’une yourte mongole construite par des gens qui mettent en place un projet de camping sans traces sur l’Ile Brion, rencontre des passionnés d’Attention Frag-îles qui vous rappellent la fragilité et la vulnérabilité du milieu de plus en plus envahi par le tourisme et dont l’urbaniste Serge Bourgeois a présenté tous les tenants et aboutissants d’un plan d’aménagement du territoire dans le cadre d’un déjeûner-causerie. Et voilà les artistes partis à la conquête des falaises rouges, des vagues, des bittes ou des tas de glaise bleue. Et puis, ce fut la conquête de la table madelinienne avec moult pétoncles, palourdes, moules, harengs, maquereaux, sole et morue sanms oublier le loup marin et les fromages locaux.

Dès le 1er juin, nous étions tous reçus au Musée de la mer pour le vernissage de l’exposition Les islomanes qui regroupait des œuvres et de la documentation sur les onze artistes invités : une immense carte de navigation de Pierre Bourgault, une petite installation de Dominic Lefrançois avec siège de cinéma et tableau, des petits dessins de Lilian Cooper réalisés l’année précédente aux Îles, une grande impression numérique sur toile de Christopher Varady-Szabo montrant le projet réalisé l’année précédente sur l’Ile saint-Barnabé et un croquis du projet projeté aux Îles, des impressions numériques d’André Lapointe montrant ses tailles directes dans les arbres, des images de traces dans le paysage madelinot de Serge Dupreuil, un groupe de personnages de Marie Berger, une bande vidéo de Steve Heimbecker montrant un de ses projets avec le son et une autre bande vidéo d’Alain-Martin Richard, La terre renversée, témoin du symposium d’Amos dont il a été le commissaire. A cela il faut ajouter un Cdrom de Jocelyn Robert et une petite installation de Nicolas Dickner qui comprenait cartes géographiques et son vieux Mac Classique où on pouvait déjà y lire quelques chroniques de son cru. L’exposition au Musée se poursuivra jusqu’au 21 juin. C’est là que nous retrouverons tous pour une conférence de Pierre Bourgault le 6 juin et une table-ronde le 13 juin.

Cette conférence de Pierre Bourgault était la première d’une série de neuf rencontres d’artistes qui se déplaceraient dans les cafés à travers les Îles : Aux pas Perdus à Cap-aux-Meules, le café La côte à l’Étang-du-Nord, Le vieux couvent à Havre-aux-Maisons ainsi que le Café de la grave et Le Régal II sur la Grave à Havre-Aubert. Chacune de ces rencontres a été l’occasion d’un accueil plus que chaleureux de la part des lieux d’accueil et d’un public assidu. Chaque artiste a eu l’occasion d’y présenter sa démarche, de montrer des œuvres en diapos ou en vidéo, d’échanger avec le public et avec les autres artistes. De l’avis de tous, l’expérience a été formidable et pour certains des lieux d’accueil qui opèrent sur une base saisonnière, ce fut l’occasion d’ouvrir leurs portes un peu plus tôt que d’habitude. Partout, les artistes furent accueillis avec chaleur et générosité.

La table-ronde tenue au Musée de la Mer et animée par Alain-Martin Richard tentait de cerner quelques éléments de la culture insulaire. Micheline Couture qui a ouvert il y a quinze ans la galerie Plein sud, une des premières galeries d’art aux Iles nous a dressé un tableau de l’évolution des arts visuels dont elle a été témoin sur ce territoire isolé. Réjeanne Lapierre, musicienne et amoureuse des traditions et coutumes, a tenté de nous dresser un profil de l’insulaire, en même temps généreux et méfiant. Comme les mollusques, il sait parfois s’enfermer dans sa coquille protectrice. Quant à Claude Richard, ancien directeur de l’Association touristique régionale et maintenant agent de développement pour la Conférence régionale des élus de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, il a tracé des parallèles entre l’oasis du désert saharien et une île perdue au milieu du golfe Saint-Laurent. Ce n’est pas tant l’eau qui fait l’île que la finitude du territoire et le territoire à parcourir pour rejoindre l’autre. La conclusion est venue d’un participant qui demanda que ces moments de réflexion se produisent un peu plus souvent.

Alain-Martin Richard et Jocelyn Robert ont, en plus de cette table-ronde, orchestré une chronique journalière sur les ondes de la radio communautaire CFIM qui donnait le compte-rendu des activités et l’état des travaux entrepris par chacun des artistes. Ils ont conclu cette aventure radiophonique par une émission d'une heure en direct sur les mêmes ondes.

Le dimanche 20 juin, un autobus scolaire rempli à craquer a quitté le centre d’artistes AdMare pour une expédition de quatre heures qui a fait le tour des sites entre la Dune du sud et la pointe Jomphe en passant par le Corfu, le phare sur Les-Caps et la Butte-du-vent. Revenus au point de départ, les visiteurs y ont trouvé les œuvres de Steve Heimbecker sur la plage de Cap-aux-Meules et le monument à Pol Chantraine sans oublier les travaux de Pierre Bourgault et Lilian Cooper à l’intérieur du centre d’artistes. On retrouvait là aussi les livres de bord des islomanes, neuf grands cahiers de notes, croquis et images témoignant de l’aventure des trois semaines de ce symposium. Cette exposition dans le centre d’artistes et les œuvres dispersées sur le territoire sont donc restées en place jusqu’au 11 juillet.

Le symposium Les islomanes se voulait une rencontre d’artistes, une rencontre avec le territoire et avec les gens qui l’habitent. La rencontre a eu lieu. Le passage des artistes aura laissé dans le paysage quelques traces éphémères qui disparaîtront rapidement mais qui resteront marquées dans la mémoire des insulaires et dans les œuvres à venir des artistes islomanes.


Viviane Paradis dans un de ses duels avec l'ordi d'AdMare.

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Quelques uns des passagers de l'autobus lors de la tournée des sites.


Emmanuelle Roberge cherche la Butte-du-vent.

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Jean-Yves Vigneau devant les neuf livres de bord qui relatent l'aventure des islomanes.

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Livres de bord des islomanes.
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Table-ronde sur la culture insulaire tenue au Musée de la mer le 13 juin.
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Jocelyn Robert en préparation d'une émission spéciale sur les ondes de CFIM.
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