Iles-de-la-Madeleine

Le XXVIIe jour du moys de juin 1534

Ayant visité la rive nord du Golfe, nous allâmes reprendre nos vaisseaux au cap de Bonne Espérance, une trentaine de milles à l'ouest de Blanc-sablon. Nous côtoyâmes la côte de la Terre-Neuve où nous essuyâmes une tourmente de vents contraires qui dura six jours et nous fit perdre toute connaissance de terre jusqu'au dit jour où nous eûmes connaissance d'un cap de terre au sud-est. Mais ce jour un fut un de brume et de mauvais temps et ne nous permit point de nous approcher de ladite terre.

Le lendemain en fut un de mauvais temps, sombre et venteux. Et, lors que appareillâmes, nous fume pris de travers. Le vent qu'était suroît nous fit courir au noroît et nous vîmes trois îles dont deux étions à pic comme des murailles tellement qu'il n'était point possible de monter dessus. Nous poursuivîmes notre route et découvrirent à cinq lieues une autre île entourée de sablons.

Et je dis que ladite île est la meilleure terre que nous ayons vue et que vingt arpents de cette terre valent mieux que toute la Terre-Neuve . Nous la trouvâmes pleine de beaux arbres, de champs de blé sauvage et de pois en fleur aussi beaux et aussi épais qu'oncques je vis en Bretagne. J'y avions trouvé force groseilles, fraises et rosiers de Provence ainsi que persil et autres herbes de bonne odeur.

Extrait du journal de bord de Jacques Cartier à son premier arrêt aux Iles-de-la-Madeleine en 1534(adaptation)